A l'attitude du sapeur qui l'invite à monter, Cendre comprend: il est bien là.
Ce n'étais jusqu'alors qu'un mauvais pressentiment, une vavgue odeur perçue à la grile de ventilation.
Elle, celle qui a demandé les secours a les yeux rouges; elle a déjà beaucoup pleuré. Cendre la regarde avec compassion. Il ne trouve pas les mots pour lui dire...
Si la Police n'arrive pas rapidement, 'est à lui que reviendra la difficile tâche de lui annoncer l'implacable vérité.
C'est une femme au visage tellement marqué par les accrocs de la vie qu'il est devenu difficile de lui donner un âge. Dans la cours elle tituben chancelle. Elle a de plus en plus de mal à contenir ses émotions. Cendre la fait asseoir sur une chaise récupérée dans un atelier au fond de la cour, où les employés ont interrompu leur travail pour observer le déploiement des secours.
sur l'ordre de mission était inscrit: "ouverture de porte pour une personne ne répondant pas aux appels".
C'est dans la rue étroite d'un quartier populaire que l'ambulance se fraye un passage. Sur le trottoire, une file de personnes s'effiloche: elles attentendent l'ouverture d'une antenne des "Restos du coeur". Un peu à l'écart, au pied d'un immeuble aux façades grise, une femme agite un vêtement; Elle est petite, menue, chétive. L'ambulance se fige à sa hauteur. La femme explique: "C'est mon fils, il habite au 2nd étage, les volets sont fermés, je n'ai pas les clefs, je ne l'ai pas vue depuis une bonne semaine"
Dans la rue, il n'y a pas de place pour stationner, l'ambulance reste où elle est, au grand dam des automobilistes qui s'agglutinent derrière.
L'accès aux étages se fait par une cour intérieur. Equipés du matériel de réanimation, les pompiers empruntent un escalier extérieur qui dans une symétrie parfaite dessert quatre blocs d'appartements.
Au passage, Cendre jette un coup d'oeil à la boite aux lettres: elle déborde de courier et de publicité. Au deuxième palier, les pompiers tambourinent énergiquement à la porte de l'appartement puis interrogent le voisin qui, intrigué par le bruit, a ouvert sa porte: "Vous connaissez la personne qui habite dans cet appartement? Depuis combien de temps vous ne l'avez pas vue?" Utilisant la klaxon deux tons, un vhicule de pompiers remonte le sen sinterdit. il achemine le matériel nécéssaire pour pratiquer "l'ouverture de porte";
L'équipage s'enquiert de sa mission. Dans la rue, les persiennes métalliques sont en projection et le stationnement anarchique des véhicules complique l'utilisation de l'échelle deux plans. C'est le lot de sauvetage qui sera utilisé. Pendant que, sur la toiture-terrasse, les sauveteurs installent le matériel nécessaire: cordage, sangles, mousquetons, descendeur. sur le trottoir, Cendre avec des poubelles, confectionne une barrière de façon à interdire le passage sous la fenêtre.
Engoncé dans son baudrier, un sauveteur se laisse descendre le long de la façade.
Il s'immobilise au niveau de la fenêtre, pousse sur ses jambes pour s'éloigner de l'immeuble, replie les volets, essaye d'ouvrire la fenêtre. Elle est bien fermée, il faudra casser les carreaux. il vérifie que les manchettes de ses gants recouvrent bien sa veste d'intervention et avec son O.F.D., porte des coups violents sur la vitre.
Le double vitrage résiste une dernière fois, puis dans un vacarme assourdissant, se brise. Prenantpied sur l'appuie de fenêtre, par réflexe, pour manifster la se présence il appelle: "C'est les pompiers, il y a quelqu'un?" puis saute dans l'appartement, décroche son mousqueton et se précipite à la porte d'entrée pour faire entrer ses collegues.
C'est d'abord une odeur pestilentielle qui se répand; des volets et les fenêtre que l'on ouvre rapidement, et le défunt qui est découvert dans son lit. il semble avoir été happé par un grand drap blanc qui le recouvre presque entièrement. Ses bras sont noirs et paraissent gonflés.
Le visage semble crispé dans une grimace de souffrance. Les yeux sont ouverts. De la commissure des lèvre, un liquide spumeux a coulé. Sur le drap largement imbibé, les petite bulles semblent être fossilisées. Veillant à ce que personne ne touche à rien, pour ne pas perturber le travail des enquêteurs, Cendre fait évacuer les lieux. du reste, aucun de ses équipiers ne semble vouloir s'attarder.
la police arrive. Selon une procédure qui leur est habituelle, les policiers auditionnent le témoin puis se font confirmer que la porte était bien fermée à clef et que celle-ci était à l'intérieur. A la recherche d'éléments pouvant expliquer la mort du jeune homme, les policiers fouillent les placards, vident les poubelles.
L'appatement n'est pas très propre mais relativement bien rangé, à l'exception de la salle de bain où s'entasse derrière la porte un monticule de linge sale. Dans l'armoire de toilette il n'y a pas de médicament, du moins rien qui puisse étayer l'hypothèse d'une intoxication médicamenteuse.
Retournant dans la cuisine Cendre observe une bouteille de déboucheur de canalisation négligemment posée sur la table de la cuisine.
La bouteille est mal rebouchée. A senti de plus près l'acide semble être éventé ou plus tôt coupé avec de l'eau.
Tous imaginent la souffrance et la volonté du jeune homme, buvant ce liquide à même la bouteille.
Sa mère est toujours dans la cour, elle veut le voi. Les enquêteurs parviennent à la convaincre de ne pas monter, qu'il n'est pas présentable.
Ses jambes se dérobent sous elles, elle est accompagnée dans sa chute.
Installée sur le brancard de l'ambulance elle reprend ses esprits et raconte que, il y a un peu plus d'une dizaine de jours de cela, elle avait trouvé son fils dépressif.
Elle avait alors acheté de la viande pour qu'il vienne manger chez elle. Il n'était pas venu.
Prenant le bus, elle était déjà venue deux fois et de peur de subir une grosse colère n'avait pas osé prévenir les secours. elle raconte aussi que pour se donner du courage, aujourd'hui, elle a bu.
Cendre et ses équipiers sont émus par la détresse de cette femme.
Ils se concertent et après avoir reçu l'accord de l'autorité médicale, raccompagnent la femme à son domicile.
Michel REILLE